Temps 1 · l'échelle
1 300 milliards.
18 800 euros par habitant.
Chaque année, l'État, la Sécurité sociale, les collectivités et les régimes de retraite dépensent près de 1 300 milliards d'euros — 18 800 € par habitant. Un euro sur huit est emprunté.
Chaque euro rattaché à sa recette. Aucun compté deux fois.
Ce site présente ces dépenses à partir des documents budgétaires officiels, en rattachant chaque somme à la recette qui la finance — impôt, cotisation ou emprunt. Il montre aussi ce que ces documents ne montrent pas : les sommes qui financent les retraites sous un autre nom.
Voir d'où vient l'argent et où il va →Temps 2 · le premier poste
Le premier poste n'est pas celui qu'on croit.
Les retraites, c'est 422 milliards de pensions versées en 2025. Près d'un euro public sur quatre — plus que l'assurance maladie (255) ; plus que l'école, l'armée, la justice, la police et les intérêts de la dette réunis (248).
Un poste qui n'apparaît nulle part en entier.
Il n'est voté en entier par aucune loi : la loi de financement de la Sécurité sociale en couvre une part, la loi de finances une autre, et les régimes complémentaires — une centaine de milliards — échappent au Parlement. Il n'est jamais présenté aux Français d'un seul bloc. Et chaque année, c'est un peu plus du budget des ministères, de la Sécurité sociale et de la dette qui est prélevé pour assurer l'équilibre du système.
Voir les masses côte à côte →Temps 3 · la question
422 versés. 277 cotisés. Il manque 145.
La retraite par répartition, c'est en principe la cotisation des actifs directement utilisée pour financer la pension des retraités. En 2025, les cotisations ont rapporté 277 milliards ; les pensions en ont coûté 422.
Il manque 145 milliards. Chaque année.
Ils ne sont officiellement pas un « déficit ». Ils doivent néanmoins être trouvés. Pour cela, l'État puise dans quatre caisses — 2 100 € par habitant, 4 700 € par cotisant :
- 57État — contribution d'équilibre pour ses fonctionnaires (49) et subventions aux régimes spéciaux (8)
- 64,7impôts et taxes affectés, dont la CSG
- 16,5Sécurité sociale et Unédic
- 7solde : dette et produits financiers
Temps 4 · le mécanisme
L'employeur qui cotise à 82 %.
Pour chaque fonctionnaire, l'État se verse à lui-même une « cotisation employeur » : 82,28 % du traitement en 2026, contre 16,58 % pour un employeur privé. Cette somme — 49 milliards en 2025 — est inscrite dans les budgets des ministères comme si elle payait des professeurs, des militaires, des juges.
Elle paie des pensions.
Au taux du privé, l'État n'en devrait que 10 ; les 40 milliards restants sont une subvention d'équilibre. La direction du Budget elle-même arrive au même résultat : 41 milliards sur 52 pour 2026. Cette somme figure sur chaque bulletin de paie de fonctionnaire (ligne 411050 — une contribution que l'agent ne paie pas et qui ne lui ouvre aucun droit) et, dans la comptabilité des ministères, sous l'appellation « CAS Pensions ».
Révéler ces sommes dans chaque ministère →L'objection. Le Conseil d'analyse économique conteste le mot « caché » : pour lui, c'est un coût salarial surévalué, pas un déficit dissimulé — et, à assiette corrigée, la subvention vaut 21,5 milliards. Entre 21,5 (CAE), 39,8 (au taux du privé) et 41 (direction du Budget), la conclusion ne change pas : des dizaines de milliards de retraites sont comptés comme des dépenses de ministères.
Temps 5 · la conséquence
Des budgets qui montent, des moyens qui baissent.
Quand le taux de cette « cotisation » monte, la charge de retraites d'un ministère monte avec lui — sans qu'un poste soit créé. Enseignement supérieur et recherche, 2025 : le budget de la mission baisse de 0,5 milliard pendant que sa charge de retraites augmente de 0,2. Les universités et les laboratoires perdent 0,7 milliard de moyens réels.
Un budget annoncé en hausse, des moyens qui reculent.
Sur cinq ans, un quart de la hausse de la mission (0,6 sur 2,6 milliards) a été absorbé par les retraites. Même année, Éducation nationale : sur 2 milliards de hausse, 1,6 partent dans les retraites.
Voir l'évolution mission par mission →Temps 6 · qui paie
La même vie, née quatre fois.
Retraite par répartition : ce sont les actifs d'aujourd'hui qui paient les pensions d'aujourd'hui — par leurs cotisations (277 milliards), puis par leurs impôts et par la dette qu'ils rembourseront (145). Au total, 13 800 € par cotisant et par an.
2,1 cotisants par retraité en 2002. 1,8 aujourd'hui. 1,3 en 2070.
À la création du régime général, en 1945, les retraités sont rares : au plus haut, en 1965, chaque retraité est porté par 4,3 cotisants. Chaque génération se voit donc verser moins que la précédente. Chaque année, un retraité reçoit ce que les actifs du moment lui apportent : à une personne née en 1930, le système a versé, sur toute sa retraite, environ 2,9 € pour chaque euro cotisé ; née en 1950, 2,1 € ; née en 1960, 1,7 €. En gardant les paramètres d'aujourd'hui, avec 1,3 actif par retraité au lieu de 1,8, les 28 % de cotisations ne financeraient plus que 0,86 € à une personne née en 1980 et 0,76 € à une personne née en 2000 — et, si l'on continue de prendre ailleurs au même taux, 0,4 € de plus en impôts et en dette. En 2025, pour la première fois, la France a compté plus de décès que de naissances.
Même métier, même salaire, même carrière : née en 1950, 1975, 2000 ou 2026, la même vie ne reçoit pas la même retraite pour la même somme cotisée. Et l'équilibre reste à trouver, en 2050 comme après : par le taux, par l'âge, par le niveau des pensions — ou par ceux qui ne sont pas encore nés.
Comparer les quatre vies → Équilibrer le système, et choisir qui paie →
Ce qu'il faut retenir
422 milliards de retraites. 277 cotisés. 145 pris ailleurs.
Le budget de l'État présente comme des dépenses d'éducation, de défense ou de justice des sommes qui paient, dans les faits, des retraites. Sur les 422 milliards de pensions versées en 2025, 277 seulement sont financés par des cotisations. Les 145 milliards restants — une fois et demie les bénéfices du CAC 40 — sont pris ailleurs : dans les budgets des ministères, dans les impôts, dans la Sécurité sociale, dans la dette. Au détriment des services publics.
18 800 €par habitant et par an 422 Md€de retraites versées 145 Md€sans cotisation en face
Tout est sourcé : documents budgétaires en open data, Conseil d'orientation des retraites, Cour des comptes, INSEE. Chaque chiffre a une infobulle et une source ; chaque erreur peut être signalée.